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Emile Bernard

Emile Bernard

(1868-1941)

Né à Lille, le 26 avril 1868, Emile Bernard est un enfant surdoué détestant l'école et les contraintes.

Il passa une enfance choyée entre ses parents, à Asnières, et sa grand-mère, à Lille. Indiscipliné, il fut souvent renvoyé des écoles qu'il fréquentait. Très en retard dans sa scolarité, il refusa de continuer à suivre les cours au collège Sainte-Barbe, réputé pour former l'élite de la société.  Adolescent autodidacte, refusant le service militaire, le jeune homme, créatif et  avant-gardiste, finira par se détruire lui-même dans une lutte implacable contre cette Avant-garde, dont il fut l’un des créateurs. Sa rivalité avec Gauguin l’engagera, par dépit, dans une autre voie: le classicisme.C’est en Orient, lors d'une période de crise intense et de vie difficile mais studieuse qu'un changement s'opéra, mûrement réfléchi, loin de Paris.

Emile Bernard se voulait tout à la fois poète, peintre, graveur, sculpteur, architecte, écrivain et critique d'art. Il aimait montrer et faire connaître toutes ses possibilités de création et tous ses dons. Ils étaient réels et il en était très fier. Etre un artiste complet, comme au temps de la Renaissance, tel était son souhait intime. En juillet 1884, il a seize ans et décide qu'il se ra peintre. Ses parents alors chez  Corrnon,  atelier choisi pour sa bonne fréquentation. Son stage y sera de courte durée. Au bout de douze mois, il est renvoyé pour cause de chahut et d’insolence. Toutefois,  il a le temps d’y apprendre à construire un dessin et découvrir les Impressionnistes et le Louvre, en compagnie de ses meilleurs amis, Tampier et Pujol. Durant cette période il est surtout impressionné par la maîtrise du dessin d'Anquetin, massier de l'atelier et son aîné de sept ans. Son renvoi est mal vécu par ses parents qui lui proposent alors une voie dans le commerce. Il refuse et décide d'entreprendre un voyage à pied, vers la Bretagne. De Paris, il prend le train jusqu'à Dreux. A partir de là il va parcourir 900 kilomètres à pied, avec deux séjours assez prolongés, l’un à Saint-Briac, l’autre à Pont-Aven où, en août 1886 il rencontre Gauguin, avec lequel  le contact reste froid.  En automne Bernard rentre à Paris. Il fait la connaissance de Van Gogh et se rapproche plus étroitement d'Anquetin. Au début de l’année  1887, Lautrec fait son portrait. Anquetin et Bernard rejettent le pointillisme et décident de "cloisonner". Ils partagent  l’enthousiasme de Van Gogh pour les estampes japonaises. C'est l'ami d'Anquetin, Dujardin, qui officie à revue «Indépendante» qui donne un nom à leurs recherches : « le cloisonnisme». Durant l’été, Bernard entame un nouveau périple à pied pour Pont-Aven alors que Gaugin, lui, séjourne à la Martinique depuis le mois d'avril. Sa véritable rencontre avec Gauguin se situe entre le 10 et le 12août 1888. Un moment propice pour les deux peintres, en pleine évolution artistique. Tous deux avancent vers une simplification réfléchie et synthétique de la représentation d'une idée qui donnera naissance au Symbolisme de Pont­-Aven. Les recherches d'Anquetin et les conversations de Van Gogh ont influencé Bernard dont Gauguin reconnaît des réalisations. Le 15 août, sa mère et sa sœur Madeleine, viennent rejoindre Emile Bernard et le quittent début septembre. Dès son retour précipité d'Arles, en décembre 1888, après le drame de Van Gogh, Gauguin retrouve Bernard.

Ils sortent ensemble et entreprennent les zincographies, bien connues sous le nom de «Bretonneries», et qui seront présentées plus tard à l'exposition du café Volpini. En 1889, Bernard n'ira pas à Pont-Aven. Ses parents se méfient de l’influence de Gauguin sur lui et sur sa sœur. Il passe donc l’été à Saint-Briac. Cette année-là, il peint un tableau assez prémonitoire, « Jésus au mont des oliviers», qui anticipe la trahison de Gauguin. Judas y est représenté sous les traits de Gauguin. En juillet 1890, Van Gogh se suicide. Emile Bernard assiste à son enterrement.

En 1891, la rupture avec Gauguin éclate en plein jour. Emile Bernard se sent humilié de ne pas voir reconnue la part qu'il a prise à la création du symbolisme dont Gauguin récolte seul les lauriers.

Ce dépit, il le traînera toute sa vie comme une plaie à vif et qui aura une incidence considérable sur son psychisme fragile. Sa personnalité va réagir avec ténacité et pugnacité, entraînant dans les années sui vantes une évolution artistique très différente. Après avoir été considéré par la critique comme un élève et un suiveur de Gauguin, il cherche désormais à s'émanciper du style de Pont-Aven et met tout son talent à réaliser des œuvres qui le démarquent de Gauguin. Cette scission signe un bouleversement total. D'aventure en aventure, après un passage en Italie, il se retrouve à Constantinople où, pendant un mois, il dessine sans arrêt. Il réalise alors la plus grande partie des aquarelles orientales. On le retrouve ensuite à Samos, à Jérusalem, à Alexandrie et finalement au Caire. Tout au long de son voyage, il exécute des fresques pour des chapelles.

De fin 1893, jusqu'en 1894, il est très perturbé par son désir d'épouser une jeune égyptienne. Il fera tout pour réaliser cette union qui rencontre l'hostilité de tous, les religieux du séminaire où il vit, sa famille et celle de la jeune fille. Comme toujours, il arrive à ses fins. Il épouse Hannénah Saati, le 1er juillet 1894 et se remet à peindre. Année charnière, 1895 marque la rupture totale avec l'Avant-garde. Alors que les premières œuvres réalisées en Egypte évoquaient encore le modernisme du style de Pont-Aven, plus la moindre trace à partir de cette année-là. L'état de santé déplorable de sa famille le conduit vers l'Espagne, en 1896. Un voyage éprouvant fait dans des conditions humiliantes, en cale et sans hygiène. Son fils, âgé de quelques mois manque de mourir et sa femme est épuisée par une seconde grossesse et le début d'une tuberculose. Installé misérablement avec sa famille, Bernard peint cette misère, magnifiquement, dans des toiles d'une grande force. Sa mère arrive alors pour soigner la maisonnée, elle repartira presque aussitôt, accablée par l'annonce de la mort de Madeleine, au Caire. Nouvelle que Bernard avait cachée jusqu'alors à ses parents. Après un nouveau voyage tout aussi pitoyable, il débarque au Caire, complètement démuni. Alors qu'il est hébergé par sa belle famille, ses deux premiers enfants meurent et sa femme présente ses premières hémoptysies.

Convaincu qu'il existe à Paris «un complot» contre lui, il veut réaliser une œuvre magistrale pour son retour et entreprend une série de grandes toiles sur la vie du Caire. Son style est plus "orné". Ces œuvres sont pour lui plus savantes et plus difficiles à réaliser. Il entend y exprimer ses nouvelles théories sur l'art. Son idéal est la beauté, la grandeur, la perfection. Il rejoint la capitale au début du mois de mai 1901, fait une première exposition chez Vollard et renoue avec le milieu artistique. Il retourne au Caire en octobre pour apprendre son triomphe au Salon des Orientalistes. Il continue son cycle égyptien de grandes toiles et édite ses écrits chez Roditi, éditeur au Caire. Entrecoupé d'un séjour à Venise, en 1903, son passage au Caire sera bref. En 1904, le peintre quitte définitivement l'Egypte où il laisse sa femme seule et sans ressources tout en promettant de revenir.

De retour en France, Emile Bernard passe par Marseille puis Aix et en profite pour rendre visite à Cézanne. Toutefois, il ne tiendra pas compte des conseils de ce dernier et gardera jusqu'à la fin sa propre ligne de conduite. Parmi les amateurs de l'artiste, un clivage s'opère entre ceux qui veulent faire de lui un Rimbaud de la peinture et qui le font mourir en 1892 et les inconditionnels, admiratifs de toute son œuvre et de sa personnalité.

En février 1904, à 36 ans, il arrive en France avec son œuvre d'Egypte, ses écrits, ses espoirs et ses craintes mais rendu confiant par le soutien de Vollard qui a misé sur lui. Laissant ses enfants d'Orient à Tonnerre, aux bons soins de Mlle Fort, sœur de Paul, sa seconde compagne, il renoue avec la vie parisienne. Il se rend à Munich, prépare les expositions qui auront lieu en 1905, puis à Naples avec Andrée Fort qui accouchera sur place. Avant de se fixer définitivement en France, il retrouve encore une fois Cézanne, à Aix.

Début 1906, il loue un atelier à Montmartre. Toujours très productif, il travaille à sa peinture et écrit tous les jours. Il suit également des cours d'anatomie pour améliorer ses études de nus. Il expose en France et en Allemagne mais ne vend rien. Il s'est créé un idéal du beau, du grand, du parfait. Ses références sont Dante, l'ancien et le nouveau Testament et les grands maîtres du XVIème et siècles. Il rejette l'Avant-garde et la fustige. Même Cézanne est malmené. Ainsi après avoir été si novateur, il se détache de son époque, jugeant néfaste le progrès et l'industrialisation et expose, sans succès. Il se sent très seul mais néanmoins reste combatif. Il voyage entre Paris et Tonnerre. En été, il séjourne à Tonnerre, absorbé dans la peinture de paysages, tandis que la mauvaise saison le ramène à Paris où il s'occupe activement de son journal, "La Rénovation Esthétique". L'héritage de son père, mort en décembre 1911, va lui permettre d'améliorer ses propres conditions de vie et celles de sa famille, pendant quelques années. Vollard publie, entre 1915 et 1918, des livres illustrés de ses bois gravés. En 1913, il vit une passion amoureuse pour Armène Ohanian, jeune femme d'origine perse. Cette liaison durera trois ans. Abandonné par sa maîtresse, il retourne à Tonnerre où il écrit et réfléchit aux livres qu'il doit graver pour Vollard. La guerre finie, Bernard retourne à Paris et se fixe à Montmorency dans une propriété qu'il souhaiterait acheter, mais faute de moyens suffisants, il se résout à déménager sur Paris.

En 1922, il est en Italie. Gravement malade à Gênes, il va alors concevoir "le cycle humain". Son obsession est de réaliser un grand projet qui fera de lui le maître du symbolisme chrétien. A travers quatre grandes toiles, il entreprend cette vaste réalisation, dès son arrivée à Venise, dans l'atelier d'André Maire qui l'aidera et deviendra par la suite son gendre. Emile Bernard aime la vie à Venise, ville où il est reconnu et respecté. Il quittera définitivement l'Italie en 1926. De retour en France, il est de plus en plus isolé mais n'en continue pas moins de lutter sans relâche pour prouver le bien fondé de ses idées. Sa femme légitime meurt au Caire en 1937 et, l'année suivante, il épouse Andrée Fort. Il continue toutefois à vivre seul, poursuivant son errance de célibataire... se rendant quelques jours par an à Tonnerre. En 1939, il s'installe à Pont-Aven.

Au printemps 1941, il meurt seul, comme il a toujours vécu, dans son atelier parisien, situé 15 Quai de Bourbon, des suites d'un œdème pulmonaire. Il laisse un œuvre peint considérable. Tout aussi majeur, ses écrits passionnants sur l'art contribuèrent largement à ce que son nom ne sombre pas dans l'oubli.
 

 

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