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Louis Anquetin

Louis Anquetin

(1861-1932)

En 1861 naissait dans un petit bourg du Vexin, à Etrépagny (Eure), le fils d'un boucher prospère. Sa famille appartenait à la bourgeoisie commerçante d'Etrépagny, centre économique de la région. Solide et superbe garçonnet, d'un naturel rieur et plein d'entrain, Louis Anquetin eut une jeunesse heureuse. Enfant unique, il sera le point focal du foyer. Dès qu'il put tenir un crayon, selon son témoignage, le petit Louis commença à dessiner. Ses parents encouragèrent ce don précoce, créant ainsi les assises psychologiques propices à l'épanouissement de son talent. A partir de 1872, il entre au lycée Corneille de Rouen où il rencontre Edouard Dujardin, le futur poète symboliste, qui sera son ami le plus intime. C'est en 1880 par l'obtention du baccalauréat qu'il sera libéré de la geôle du lycée. Il lui faut encore accomplir son service militaire. Il servira dans la cavalerie, à Chartres, dont il garda, somme toute, un bon souvenir. A la sortie du service militaire se pose pour lui le choix de son avenir. La voie lui semble claire mais il reste à convaincre son père, toujours réticent. Toutefois, sa résolution est telle que ses parents ne peuvent que s'y plier. Il décide alors de partir pour Paris où il fréquente d'abord l'atelier Bonnat, puis après la fermeture de celui-ci, l'atelier Cormon. Là, il fait la connaissance d'élèves qui deviendront ses amis, comme Henri de Toulouse Lautrec, Henri Rachou, Charles Laval ou encore Adolphe Albert. Pendant ces quatre années de formation artistique, Anquetin et Lautrec noueront une profonde amitié. A l'atelier, Anquetin avait pris Lautrec, de trois ans son cadet, sous sa protection, afin de lui éviter des humiliations. Au cours des deux premières années passées chez Cormon, Anquetin travailla d'abord dans un style réaliste proche de François Millet, ensuite il adopta une manière plus fougueuse. Au cours de l'automne 1884, le jeune Emile Bernard, âgé de seize ans, fait son entrée à l'atelier Cormon. Esprit d'une grande maturité, il se lie d'emblée avec Lautrec et Anquetin. Depuis l'été 1884, Anquetin cherchait à éclairer sa palette, il se tourne alors vers l'impressionnisme. Sa rencontre avec Claude Monet l'oriente vers des compositions impressionnistes empruntes d'une grande douceur de ton et de touche. En avril 1886, Emile Bernard est renvoyé de l'atelier Cormon pour insubordination tandis que Vincent Van Gogh débarque, lui, à Paris, en mars 1886, puis à l'atelier un peu plus tard.

Ce n'est qu'au mois d'octobre qu'Emile Bernard rencontre Van Gogh pour la première fois. La spiritualité et les exceptionnelles qualités de Van Gogh ne trouvent aucun écho chez l'agnostique Anquetin. Van Gogh, le farouche, est bien trop impressionné par la personnalité d'Anquetin pour qu'aient lieu entre eux de véritables échanges, profonds et fructueux. Anquetin représente alors pour Van Gogh l'artiste accompli, celui sur qui on prend modèle et plus tard, il continuera régulièrement à s'enquérir de ses nouvelles. L'impressionnisme ne convenait pas à Anquetin. Avec Emile Bernard, il se tourne alors vers le divisionnisme et tous deux se rendent, le 12 mars 1887, chez Signac. Mais, là, peu enthousiasmés, ils décident finalement d'abandonner la technique divisionniste pour se consacrer à l'élaboration d'un nouvel art "cloisonné". Les estampes japonaises réunies par Van Gogh eurent sur les deux jeunes artistes un impact considérable et sont l'origine véritable de leur "cloisonnisme". Anquetin eut l'idée du principe de la couleur suggestive dans fla maison de ses parents où se trouvait une porte vitrée avec des carreaux de couleur. Il remarqua que selon la couleur du carreau au travers duquel on regardait le paysage, on obtenait des impressions différentes. Il eut alors l'idée d'appliquer ce principe à ses tableaux en utilisant la monochromie. Emile Bernard reprit ce concept de couleur suggestive l'élargissant à celui de couleur subjective, en août 1888, à Pont-Aven. Avec cette nouvelle vision de la couleur pouvant traduire un état d'esprit, souffle un vent de liberté. C'est à l'occasion de la présentation des œuvres d'Anquetin aux Indépendants, en mars 1888, qu'Edouard Dujardin saluera la naissance du cloisonnisme. En quelques jours, Anquetin devient une gloire nationale. Emile Bernard, lui, n'est pas nommé. Il n'avait pas exposé ses recherches qui restèrent alors méconnues.

Le cloisonnisme de Bernard et d'Anquetin fut pour Paul Gaugin le détonateur, lui permettant d'exprimer plus intimement, tout un pan de sa créativité, resté jusqu'alors introduit au fond de lui. Du cloisonnisme qui n'est pour lui qu'une étape, Louis Anquetin atteint, en 1890, un linéarisme rigoureux et poétique d'une grande noblesse. A partir de 1891, il privilégie une peinture de la vie moderne, se détachant de la peinture de réflexion pratiquée avec Emile Bernard. Au cours de révolution stylistique d'Anquetin. on peut suivre dans toutes ces phases, un dénominateur commun: le symbolisme de la sensation. Fin 1891, Anquetin entreprend des recherches sur l'huile. Il s'interroge sur la manière de la traiter et sur son utilisation par les grands maîtres du siècle. Quand il présente ses tableaux expressionnistes en 1892, le public est déconcerté et regrette ses œuvres linéaristes. L'accueil réservé qu'avaient reçu ses morceaux expressifs modernes l'orienta vers la peinture policée de Rubens et de France Hals. En 1894, avec Lautrec, il se rend en Hollande où il admire les maîtres flamands et hollandais. Rubens surtout fut sa référence, au point qu'à partir de ce moment, on rappellera "Rubensteiqne". C'est assurément dans cette voie qu'il lui faut chercher. La matière fluide des Hollandais le séduit. Il comprend que dorénavant son étoile est là. Dès lors, Anquetin prend conscience que c'est chez les Anciens qu'il trouvera le chemin lui permettant d'accéder aux moyens d'expression qui lui font défaut Mais, au yeux de la critique de l'époque, son œuvre semblait d'un autre temps. Anquetin n'est pas compris. En 1906, il se marie avec Berthe Coquinot, veuve d'un officier. En 1912, Anquetin prônait, depuis déjà vingt ans," le Retour au Métier". Il mit dans ses conférences et ses articles la même fougue et opiniâtreté qu'il investissait dans ses œuvres. Dans la pratique, les idées d'Anquetin étaient fort simples. Elles consistaient à retrouver les techniques des Anciens, seul moyen de redonner toute sa noblesse à l'Art. Anquetin rend hommage à Rubens, le grand maître d'Anvers, en publiant un ouvrage sur son idole. Le résultat est une admirable leçon, dans laquelle il démontre l'excellence de la technique de Rubens.

Faisant preuve d'une personnalité originale et indépendante, tout au long de sa vie, Louis Anquetin avança à contre courant des modes. Le peintre décéda, en 1932, dans le plus complet anonymat.

 

Œuvres de Louis Anquetin présentées dans la galerie

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